Votre pelouse, bien plus belle… naturellement!


Qu’on se le dise : l’entretien naturel des pelouses ne requiert pas de vastes connaissances scientifiques. Il s’agit plutôt d’apprendre à travailler de concert avec la nature. Ce simple dicton l’illustre bien : « Quand on nage à contre-courant, on s’épuise… ». Il en va de même pour votre pelouse : si vous nagez dans le sens du courant, vous n’épuiserez pas ces ressources, précieuses entre toutes, que sont nos sources d’énergie, l’eau, l’argent et bien d’autres encore.


Prenons un exemple tout simple. Les entreprises d’entretien commercial des pelouses, tout comme les produits/engrais chimiques que vous achetez en magasin, vous proposent un programme en quatre (4) étapes, ce qui implique forcément quatre (4) applications d’engrais chimiques par saison. Or, il faut les rendre solubles, car les engrais chimiques, sont à base de sel. Vous avez peut-être déjà expérimenté la situation suivante : vous appliquez votre engrais à l’aide de votre distributeur à roulettes et, soudainement, une grande quantité s’échappe sur votre pelouse. Vous vous dites alors : « C’est un engrais, il n’y a pas de problème, ça va se dissoudre… » Effectivement. Mais, étrangement, vous constaterez que votre gazon sera brûlé à cet endroit.  Pourquoi cela? Le sel, pardi!


Dans les programmes comportant quatre (4) applications, l’une de celles-ci se trouve juste avant la période de canicule. L’application se traduit en somme par un apport trop fort en sel et en engrais à une pelouse qui a besoin de toute son énergie pour se protéger contre la sécheresse. Dès lors, l’entreprise vous recommandera d’arroser abondamment. Qu’à cela ne tienne! Tout comme moi, vous savez que les municipalités sont de plus en plus nombreuses à interdire l’arrosage. Alors, finalement, la vie de votre pelouse rejoint un peu celle de notre corps : quand nous mettons toute notre énergie à combattre un virus, nous n’avons vraiment ni le goût ni l’énergie qu’il faut pour aller courir le marathon… Votre pelouse, non plus!



L’entretien naturel : rien de très sorcier!


Voici quelques règles de base qui aideront votre pelouse à franchir le cap des saisons au naturel.


L’hiver - Puisque le gazon ne pousse pas l’hiver, c’est donc le temps idéal pour planifier et budgétiser. À preuve : c’est justement la période dite « haute » de sollicitation de la part des entreprises d’entretien commercial des pelouses qui souhaitent vous vendre des produits et des services dont vous seriez mieux de vous passer.


Prenez du recul et faites le calcul. Cela vaut la peine d’y regarder d’un peu plus près. En règle générale, les gens versent en moyenne 250$ le contrat d’entretien conclu avec ces entreprises commerciales dont la présence sur votre terrain aura une durée maximale d’une heure pour l’ensemble de la saison. N’est-ce pas là payer un peu trop cher de l’heure?


Si vous souhaitez vraiment vous libérer, pourquoi ne pas investir dans un service de tonte; là, au moins, vous y gagnerez près d’une heure de travail par semaine. Le même montant, bien investi, vous apporte une plus grande liberté, surtout que l’entretien naturel des pelouses est tout à fait approprié dans le cas des gens qui ont autre chose à faire de leur précieux temps. Les principes de base relatifs à l’entretien ne représentent approximativement qu’une journée de travail au printemps et une à l’automne.


Revenons donc à la question de la planification. Vous aurez peut-être constaté l’été dernier que votre pelouse affichait par endroits des problèmes, comme par exemple des difficultés à croître pour toutes sortes de raisons, soit la sécheresse, trop d’ombrage ou trop d’achalandage. Le temps est maintenant venu de passer au plan B, ce qui veut dire, entre termes clairs, d’éliminer les zones à problèmes. Pour ce faire, il suffit d’installer des plates-bandes de fleurs (de préférence, indigènes et adaptées au climat) dans les endroits trop secs et ensoleillés, le long des  fondations de la maison par exemple. Ces endroits sont toujours problématiques, car le soleil tape fort sur les murs et assèche le sol encore plus. À l’inverse, lorsqu’il s’agit d’endroits très achalandés et ombragés, un petit sentier de pierres plates pourrait fort bien régler l’affaire.


Voici des suggestions de plantes de remplacement, une pour chaque secteur. Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive, alors renseignez-vous! Faites d’abord une tournée de votre famille et de vos amis. Vous avez peut-être une connaissance qui pourrait vous fournir des plants gratuitement.


Côté soleil - Les hémérocalles sont des vivaces qui ont la vie dure. Elles se multiplient rapidement et demandent peu ou pas d’entretien. Il en existe plusieurs variétés qui adorent toutes les secteurs ensoleillés. De plus, elles sont comestibles. De consistance croquante, la fleur possède un arrière-goût poivré; ses boutons peuvent être cuits ou frits. Elle se mange en salade, en soupe, farcie ou glacée. (source : Bio-Bulle nº 59)


Mi-soleil, mi-ombre – Ici, on peut opter pour des capucines. Elles présentent les mêmes caractéristiques que les hémérocalles et sont riches en vitamine C. Les fleurs se mangent autant que les graines et les feuilles.


Côté ombre - Les hostas vivent bien à l’ombre. Ce sont elles aussi des vivaces qui possèdent plusieurs variétés et demandent peu ou pas d’entretien. Cependant, elles ne sont pas comestibles.


Au printemps - Lorsque la fièvre s’empare de nous et que nous avons hâte de sortir prendre l’air, il faut néanmoins faire encore preuve d’un peu de patience et, de grâce, éviter à tout prix de marcher et de râteler votre terrain avant qu’il ne soit bien drainé (habituellement,  cela se passe en mai. Cependant, avec le réchauffement climatique, allez-y voir!). Le sol est comme une éponge. Et, l’action de marcher sur une éponge mouillée fait jaillir l’eau par les côtés de sorte qu’à chaque endroit que vous piétinez, vous compactez le sol. Dès lors, les racines de la pelouse ont de la difficulté à bien se répandre et à se multiplier. C’est à ce moment que les plantes indigènes et indésirables, communément appelées « mauvaises herbes », s’installent.


Commencez plutôt par enlever les protections hivernales, puis vous pouvez travailler dans vos plates-bandes, enlever le feuillage mort et séché, nettoyer, etc. Ce faisant, tentez de minimiser au maximum le piétinement. Au moment propice, vous pouvez râteler le terrain, préférablement à l’aide d’un râteau à feuilles (en plastique). Mais, si comme moi vous n’avez qu’un râteau de métal, ne courez pas vous en acheter un autre : simplement, allez-y plus doucement. Rappelez-vous que le but consiste à préserver les racines de la pelouse, tout en recueillant les débris que la fonte des neiges a laissés.


Fin mai - début juin - Vous pouvez appliquer du compost dans vos plates-bandes et à la base de vos cèdres (Thuya). Pour ma part, je préfère le compost à base d’algues qui se vend en sac (pour de petites quantités) ou en vrac (moins cher si on a besoin d’un m³ et plus). Le compost a plusieurs avantages. Il agit comme un engrais et, à l’instar de l’éponge, il offre une excellente rétention d’eau, tout en améliorant les conditions du sol, soit en ramollissant la glaise ou en épaississant le sable.


Si votre pelouse a subi des dommages causés par le gel, les mulots ou autres, faites les réparations tôt au printemps. La petite histoire nous apprend qu’une graine de gazon ne gèle jamais et qu’il est même possible de sursemer lorsqu’il y a encore un peu de neige au sol. Cela évite d’avoir à arroser et le gazon pousse à la même fréquence. Si toutefois vous sursemez au mois de mai, couvrez les semences (enrichies d’endophytes) avec un peu de compost. Dans ce cas, un léger arrosage manuel chaque jour est suffisant. Respectez un délai de trois semaines pour la croissance des semences avant d’appliquer du gluten de maïs.


Vous avez jusqu’à la mi-juin pour appliquer du gluten de maïs. Ce produit est un anti-germinateur et aussi un engrais de printemps 100% naturel.  À cette période de l’année, on se doit de choisir un produit plus riche en azote (N) p.ex. : 9-3-3.


La première et la dernière tonte de l’année devraient être courtes : 5 centimètres (1½ - 2 po). Par la suite, on monte la coupe à 8 centimètres (3 po), ce qui veut dire que l’on doit laisser pousser jusqu’à 10 centimètres (4 po) et rabaisser à 8 centimètres à chaque tonte ou coupe.


Àcompter de la fin mai, vous pouvez aussi commencer l’aménagement de vos nouvelles plates-bandes. Vous pouvez séparer les vivaces qui en ont besoin et faire vos transplantations.


L’été - Outre la tonte hebdomadaire et le sarclage de vos plates-bandes, il n’y a pas grand-chose à faire. Profitez-en pour effectuer un contrôle manuel des plantes indésirables. Puisque le gluten de maïs assurera le contrôle des nouvelles repousses, vous devez donc arracher manuellement les plants déjà établis. À chaque fois que vous enlevez un plant, vous créez un espace vide qu’une autre plante, n’importe laquelle, pourra occuper. Je vous propose donc de mettre quelques graines de semence à gazon dans le trou que vous venez de faire et de presser légèrement avec le pied (comme au golf). Vous aurez semé la plante désirée à l’endroit désiré.


Fin juin – début juillet  - Le temps est venu de tailler vos cèdres. La taille se fera dans la dernière repousse, pas trop en profondeur, car vous remarquerez que le centre est vide et le feuillage (la verdure) se situe en périphérie. De plus, si vous coupez une branche qui a un diamètre de plus de 2 centimètres (1 po), celle-ci ne repoussera pas.


L’arrosage - Sujet délicat, entre tous! En fait, je me demande bien pourquoi les gens s’acharnent tant à vouloir arroser leur pelouse? Ensuite, ils se plaignent d’avoir à le couper parce qu’il pousse trop? Si vous mettez en pratique les méthodes naturelles, votre pelouse deviendra autonome et vous n’aurez plus besoin de l’arroser. Vous économiserez temps, argent, énergie et ferez un bon geste pour l’environnement en réduisant à la fois les gaz à effet de serre et le gaspillage de l’eau potable.


Tenez-vous-le pour dit : une pelouse maintenue à 8 centimètres (3 po) de hauteur n’a besoin que de 2 centimètres (1 po) d’eau par période de 7 à 10 jours…ce que Mère Nature lui fournit déjà.  Cependant, si vous tenez absolument à arroser votre gazon, vous pouvez mesurer l’eau en plaçant une cannette de thon ou de saumon vide, ou encore un petit pot de plastique au sol, sous l’arrosoir. Lorsqu’il y a 2 centimètres d’eau dans le contenant, vous arrêtez le système d’arrosage. En période de canicule, votre pelouse jaunira, c’est normal, car la plante concentre son énergie là où c’est important – les racines. Aussitôt que l’humidité revient, la verdure est au rendez-vous elle aussi. Si ce n’est pas sous forme de pluie, ce sera la rosée des soirées (ce que nos grands-parents appelaient « le p’tit serin ») qui fera le travail à compter de la mi-août.


Lorsque vous coupez la pelouse, laissez les rognures au sol. C’est ce que l’on appelle « l’herbicyclage ». La décomposition du gazon fournira au sol le tiers de l’azote dont il a besoin pour la saison. Voilà encore une économie! N’ayez crainte, vous ne serez pas aux prises avec un problème d’accumulation de gazon sec au sol qui vous obligerait à faire des travaux de déchaumage car, puisque vous avez maintenant une base naturelle, les micro-organismes auront vite fait de les manger et de les digérer. À vrai dire, le déchaumage est chose du passé. C’est une tâche qui n’a plus sa raison d’être, car une pelouse naturelle n’a jamais de chaume.


L’automne - La saison achève et on commence à en avoir ras le pompon de tondre la pelouse à toutes les semaines! Mais avant de tout remiser, nous devons effectuer les derniers travaux d’entretien : sursemer, aérer, terreauter. Il n’est pas nécessaire de faire les trois chaque année. L’aération et la semence peuvent être réalisées une fois à chaque 2 ans. À vous de juger selon les résultats.


Toutefois, si vous décidez d’effectuer les trois opérations cette année, cela se passe  à la mi-septembre. Vous devez alors engager une compagnie ou louer la machine voulue pour faire l’aération, soit l’extraction des carottes de terre (ne ramassez pas les carottes). Puis, vous semez à la grandeur du terrain (si votre épandeur ne collabore pas, faites-le à la volée), vous recouvrez le tout d’une mince couche de compost (de préférence, à base d’algues). Voilà, le tour est joué!


Par contre, si vous jugez qu’il n’est pas nécessaire de sursemer, vous pouvez alors attendre le premier gel avant d’effectuer l’aération et le terreautage avec le compost. Si vous choisissez de semer et de terreauter seulement, vous pouvez le faire jusqu’à la fin du mois de septembre.


L’aération ne devrait se faire que l’automne, jamais au printemps. Un horticulteur m’a fait part, il y a quelques années, de sa théorie voulant que « c’est au printemps que les plantes sont en graines et voyagent au vent. Lorsque l’on fait un trou dans le sol, c’est l’endroit idéal pour cette graine, indésirable, de s’établir et d’y pousser alors qu’à l’automne, ce problème ne se pose pas ».  C’est ce que j’appelle travailler de concert avec la nature…


Comme je l’ai mentionné sous la rubrique printemps, la première et la dernière tonte de l’année doivent être plus courtes 5 centimètres (1 ½ - 2 po). Il est maintenant temps de remettre les protections hivernales sur les arbustes et de rentrer les jardinières que vous voulez conserver. En ce qui concerne les vivaces, je ne taille rien à l’automne, j’attends le printemps suivant. L’opération s’avère alors beaucoup plus facile et génère moins de déchets, car les plants sont secs et occupent moins d’espace. La plate-bande agit comme brise-bise contre les rafales de neige qui s’accumulent au sol et servent d’isolants pour les plants.


Pour ce qui est des feuilles mortes, encore une fois, il faut y aller cas par cas. Commencez par passer la tondeuse dessus, sans les ramasser. Il est évident que si vous avez beaucoup d’arbres matures sur votre terrain, vous allez devoir éventuellement les ramasser. Sachez cependant que la décomposition d’une feuille constitue un excellent engrais naturel. D’ailleurs, on dit que la chlorophylle de la feuille exercerait un certain contrôle sur les insectes. Par conséquent, si vous êtes en mesure de laisser les feuilles sur place, c’est tout à votre avantage de le faire. Personnellement, j’utilise mes feuilles comme isolants autour de ma lavande, de mon hibiscus rustique et autres pantes que j’entoure de jute. J’en mets aussi dans mes plates-bandes ou je les laisse carrément sur place. Si j’avais ramassé ces feuilles à l’automne, elles auraient rempli une bonne dizaine de sacs tandis qu’au printemps, je n’en remplis que deux…


En résumé, vous n’avez besoin que d’un engrais par saison, au printemps, de deux achats de compost, l’un au printemps et l’autre à l’automne, et d’une aération à l’automne. Pour le reste, laissez faire la Nature … c’est aussi simple que de naviguer avec le courant!



Lectures suggérées


Édith Smeesters, Pelouses et

couvre-sols, Broquet, Ottawa, 2000, 207 p.


Édith Smessters, Anthony Daniel, Amina Djotni, Solutions écologiques en horticulture, Broquet, Ottawa, 2005, 197 p.


Site Internet à consulter :

Coalition pour des alternatives aux pesticides : 

www.cap-quebec.com


Jardin botanique de Montréal :

www.ville.montreal.qc.ca/jardin/biblio/carnet.htm


Montréal Plus : www.montrealplus.ca/feature/jardinage/62/index.jsp 


Environnement Canada : 

www.atl.ec.gc.ca/community/down_to_earth_choices/in_your_yard_f.html


Santé Canada : www.healthylawns.net/francais/index-f.html


MDDEP : http://www.mddep.gouv.qc.ca/pesticides/jardiner/consommateurs.htm



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Marie-Josée Perron

Consultante en environnement

Conférencière


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C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas!…


- Victor Hugo

 

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