GESTION DE L’EAU
Questions et réponses sur
les algues bleu-vert
Q : S’agit-il d’algues bleu-vert ou des cyanobactéries?
R : Le terme cyanobactérie est en fait l’appellation scientifique des algues bleu-vert. En réalité, les cyanobactéries ne sont pas des algues. Selon la définition du dictionnaire Larousse, le terme « cyanose » fait référence à la coloration bleue ou bleuâtre de la peau due à une oxygénation insuffisante du sang. Comme l’indique leur nom, les cyanobactéries sont des bactéries dont la coloration généralement bleu-vert provient de ses pigments.
Q : Est-ce un nouveau phénomène ou problème?
R : Absolument pas, les algues bleu-vert sont présentes dans les cours d’eau depuis des milliards d’années.
Q : Alors, comment se fait-il qu’on n’entende
parler de ce phénomène que depuis récemment?
R : Comme le dit le dicton : « Trop, c’est comme pas assez! », ce qui veut dire que ce n’est pas tant leur présence plutôt que la quantité qui fait que l’on parle d’elles. Cette augmentation s’explique en partie par une plus grande préoccupation à les repérer que leur porte le public.
Q : Pourquoi y a-t-il autant d’algues bleu-vert?
R : Leur nombre augmente, car l’environnement est propice à leur culture. Celles-ci profitent de toutes les conditions pour se multiplier : le réchauffement climatique, l’augmentation du rayonnement ultraviolet par l’amincissement de la couche d’ozone, une résistance à certains herbicides, l’usage d’engrais chimiques, leur faible besoin en termes d’apport lumineux et, dans certaines régions, l’abondance des précipitations transportant les sédiments, la stagnation de l’eau, la dénaturalisation des bandes riveraines, l’agriculture, le développement urbain et autres.
Q : Comment la présence de ces algues en abondance
peut être nuisible?
R : C’est vrai qu’il est singulier de penser que la surabondance d’algues peut devenir nuisible à notre santé, surtout lorsqu’on sait que les algues sont à la base de la vie sur la planète. Mais, comme je le disais plus tôt, on ne parle pas vraiment d’algues en l’occurrence mais bien de bactéries, et c’est lorsqu’elles meurent qu’elles deviennent problématiques. À l’instar de tout autre organisme, la bactérie se décompose et dégage des toxines qui représentent une menace à notre santé et à celle de nos lacs et rivières.
Q : Est-ce qu’on peut arrêter ou contrôler leur croissance?
R : Voilà une petite question qui exige une grande réponse… Tout d’abord, rappelons que ces organismes deviennent nuisibles au moment de leur biodégradation, ce qui élimine l’utilisation d’un algicide, car on ne ferait qu’amplifier le problème de toxicité.
L’une des causes de leur présence découle de la dénaturalisation des bandes riveraines. Plusieurs propriétaires riverains ont semé du gazon jusqu’au bord de l’eau ou ont rasé toute la végétation (arbres et arbustes) en bordure de l’eau. Qui n’a pas entendu cette boutade : « J’ai payé assez cher pour être au bord de l’eau, je veux la voir… ». Malheureusement, cette réflexion est déplorable puisque le fait de stopper et de contrôler la végétation à un endroit contribue à créer un problème ailleurs.
À cela s’ajoute le développement urbain, ce qui n’est pas une mince chose! Je n’en ai pas parlé jusqu’ici, car j’attendais le moment propice. En effet, il faut savoir que les nutriments, principalement le phosphore (phosphate) que l’on retrouve dans les engrais et les savons, sont la principale cause de la prolifération des algues bleues, dixit le Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs ( MDDEP). Il y a aussi les eaux usées. Malheureusement, il se trouve encore un peu partout au Québec des riverains qui rejettent leurs eaux usées directement dans nos lacs et nos rivières. Pure insouciance? Sans doute car c’était la façon de faire à l’époque. Depuis les années 1970, on assiste à une amélioration de ce côté, mais il reste encore beaucoup à faire.
Alors, puisqu’on ne peut utiliser d’algicide, il devient donc impératif de travailler de concert avec la nature pour retrouver l’équilibre et revenir à un seuil tolérable qui cause peu ou pas de problèmes.
Q : De quelle façon ces bactéries sont-elles
nocives pour ma santé?
R : À ce sujet, vous trouverez toute l’information pertinente concernant les effets sur la santé en consultant le site du l’Agence de santé et des services sociaux du Québec comme suit : www.agencesss04.qc.ca/documents/fiches/cyanobact%E9ries.html
Q : Vous avez dit plus tôt qu’il y en avait de plus en plus. Mais encore, quelle est la situation au Québec?
R : Selon le Ministère du développement durable, de l’environnement et des parcs (MDDEP), on recensait une cinquantaine de plans et cours d’eau contaminés en 2005. Ce nombre a presque doublé en un an, soit 90 plans et cours d’eau ont été répertoriés en 2006. Pour de plus amples informations à ce sujet, voici le lien avec le MDDEP :
www.mddep.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/cyanobacteries/guide.htm
Le site http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/flrivlac/algues.htm vous fournira la liste des endroits touchés au Québec ainsi que le nombre par région.
Q : Que faut-il en conclure?
R : Encore une fois, force est de constater qu’en environnement, rien ne se passe en vase clos. Chaque geste compte. Si chacun d’entre nous se donnait comme mandat de changer une habitude, surtout lorsqu’il s’agit de réduire notre utilisation de phosphore, ce seul geste positif aurait des répercussions sur d’autres sphères de notre environnement. Que nous soyons riverains ou pas, nous devrions bannir l’utilisation des détergents avec phosphate, y compris celui du lave-vaisselle, car bien que notre eau soit acheminée vers un centre de traitement des eaux usées, celui-ci ne la transforme pas en eau de source. Il y a donc une quantité de contaminants qui se retrouvent dans nos lacs et nos rivières.
On pourrait aussi attendre que nos gouvernements légifèrent dans ce dossier. Mais pourquoi? Parce qu’on refuse de se responsabiliser? En tant que citoyen et société, nous faisons tous partie du problème; alors, pourquoi ne pas faire partie de la solution…?
Si vous cherchez à savoir si le détergent que vous utilisez contient du phosphate, visitez le site de l’Association des sports nautiques des lacs Saint-Joseph et Sainte-Marie. L’association met à la disposition du public un tableau indiquant le pourcentage de phosphate dans les détergents et engrais (chose qui a de quoi nous surprendre : cette information n’est pas disponible auprès de nos gouvernements!). Vous pouvez consulter le tableau à l’adresse suivante : http://www.st-adolphe.org/guides/phosphates.html ou celui de Greenpeace au : http://www.greenpeace.org/canada/fr/actualites/cyanobacteries-algues-bleues-charest/savons-detergents-lave-vaisselle
Source : Agence de santé et des services sociaux du Québec
Mise à jour : 26 novembre 2007
Le projet de loi n° 194 a été déposé à l’Assemblée Nationale ce mois-ci. En voici le texte :
CONSIDÉRANT que le rejet important de phosphates dans l’eau stimule la croissance des algues, entre autres, les algues bleu-vert appelées cyanobactéries, et a, par conséquent, des effets néfastes sur l’environnement et la santé ainsi que sur le plan esthétique;
CONSIDÉRANT que le rejet de phosphates dans les eaux de surface et les eaux souterraines pourrait être diminué par l’utilisation de détergents à vaisselle et à lessive sans phosphates;
LE PARLEMENT DU QUÉBEC DÉCRÈTE CE QUI SUIT :
1.La présente loi s’applique aux détergents à vaisselle ou à lessive fabriqués, fournis ou vendus pour le lavage à la main ou à la machine.
2.Il est interdit de fournir ou de vendre un détergent à vaisselle ou à lessive contenant des phosphates à compter du 1er janvier 2008 pour des fins domestiques et à compter du 1er janvier 2010 pour des fins commerciales ou industrielles.
3.La personne qui contrevient à l’article 2 commet une infraction et est passible d’une amende maximale de 5 000 $ dans le cas d’une personne physique ou de 25 000 $ dans le cas d’une personne morale.
Nous n’en sommes encore qu’au stade de projet de loi : bien qu’il n’ait pas encore été adopté, l’intention est claire et concrète. À suivre…
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Marie-Josée Perron
Consultante en environnement
Conférencière
Pour en savoir davantage, nous vous invitons
à communiquer avec Envir-Eau-Sol.
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Lorsque mourra le dernier arbre, quand la dernière rivière sera empoisonnée et une fois le dernier poisson capturé, c’est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que nous prendrons conscience du fait que l’argent, ça ne se mange pas!
- Proverbe Cree
F.A.Q.
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ENVIRONNEMENT
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